N

Nombreuses sont les personnes qui ont un besoin vital de solitude. Et encore plus nombreux sont ceux qui ne comprennent pas d’où vient un tel besoin et pourquoi?

Qu’est-ce que la solitude peut-elle bien apporter à l’animal social que nous sommes? De retour de mon voyage en solitaire j’ai pu réfléchir à cette question, et j’ai pu y trouver mes réponses.

Toi solitaire qui t’apprête à lire cet article, tu te reconnaitra peut-être ou tu auras probablement d’autres réponses à cette question, alors n’hésites pas à les partager pour compléter cette article.

 

L’Homme, un animal social

Il y a quelques jours, une amie m’a raconté un moment de grâce qu’elle a vécu seule en nature. Elle était assise sur un banc à contempler une forêt. De cette forêt, elle pouvait voir de nombreux arbres uniques, tous beaux, ayant chacun leur particularité et pourtant, alignés les uns à coté des autres, ils formaient un tout homogène et harmonieux. Lorsque le vent souffla, elle vu tous ces arbres pencher ensemble dans la même direction à l’unisson, c’est alors qu’elle eut une révélation: nous sommes cette forêt. Chacun d’entre nous est unique et magnifique, cependant, de notre union naît une autre forme de beauté lorsque nous formons une famille, une communauté, un peuple, l’humanité. Nous sommes une véritable biodiversité.

Maintenant, imaginez-vous assis sur ce banc. Sentez les odeurs que dégage la forêt, les sapins, la mousse dodue, les champignons. Écouter tous ces chants d’oiseaux qui s’échappent des arbres, ressentez cette énergie qui s’empare de vous et vous transperce. Ressentez le bien-être qui naît en vous dans ce moment de quiétude et de contemplation.

Vous êtes de retour sur ce banc, mais cette fois quelqu’un est assis à côté de vous, un autre être humain. Votre esprit inévitablement sera accaparé par cette personne, vous détachant de la forêt et du moment que vous étiez en train de vivre. L’Homme accapare l’esprit de l’Homme, nous sommes fait ainsi, c’est dans notre nature. Nous discutons, échangeons, patagons, rions, pleurons, doutons et tout cela au détriment de la contemplation. Ce n’est pas pour autant qu’il faut toujours partir seul car ces moments de partage apportent eux aussi énormément et il ne serait pas naturel de s’en passer, cependant, s’accorder des moments de solitudes c’est comme se faire un cadeau à soi-même, c’est se garder un petit joyau rien que pour soi, c’est se donner rendez-vous avec soi-même.

 

La solitude qui fait peur

Ces moments de solitude sont donc une sorte de tête à tête avec soi-même. Une opportunité de se retrouver, de faire le point sur ce que l’on a vécu et de réfléchir à de nouveaux projets, une sorte de pèlerinage à l’intérieur de son âme. En quelque sorte, on vide son esprit pour le remplir à nouveau. Et pourtant, nous avons tendance à tout faire pour la fuire. La télévision reste branchée toute la journée, l’internet connecté de manière permanente, l’hyper-activité et bien d’autres distractions sont autant de façons d’étouffer le silence de la solitude. Pourquoi? Nos pensées nous feraient-elles peur? Serait-ce une façon de ne pas affronter les questions qui nous hantent? La solitude permet d’entendre à nouveau ses propres pensées et de les sortir de la confusion. Toute transformation nous effraie et la solitude est justement la piste d’envol de tout les grands changements. Alors plutôt que de l’éviter, pourquoi ne pas en faire une alliée?

Être seul c’est décider seul, c’est être entièrement responsable de ses actes. Cela aussi peut engendrer de la peur et c’est normal. Il est alors impossible d’accuser qui que ce soit en cas d’échec. Mais le fait de ne pouvoir reporter la faute sur autrui c’est aussi cela qui décuple le courage pour ne pas échouer. Lors de mon périple en solitaire, j’ai eut quelques étapes partagées avec un groupe rencontré en chemin. Lorsque je marchais à leurs cotés je me sentais moins courageuse que lorsque je ne pouvais compter que sur moi même. Seule, la volonté est décuplée. C’est donc grâce à la solitude que l’on peut prendre conscience de sa force et alors affronter les épreuves avec détermination et courage. C’est une bonne façon pour reprendre confiance en soi et prendre conscience de ses capacités.

 

Le voyageur solitaire, insociable?

On pourrait croire que l’on part en voyage en solitaire pour ne pas avoir à supporter la présence des autres. Il n’en est rien. Avant de partir, j’ai lu quelques articles écrits par des voyageurs solitaire qui témoignaient qu’il partaient seul mais ne le restaient jamais plus d’une journée. Ayant la volonté d’être vraiment seule pendant mon voyage, j’ai alors fait le choix de prendre la boucle du trek à l’envers, ainsi je ne tomberais pas dans le piège de rencontrer quelqu’un dès le départ et faire toute la route avec. Je voulais me retrouver. Mais même ce stratagème n’a pas suffit! Dès le premier jour, j’ai rencontré un groupe de randonneurs qui faisait le même parcours. J’ai partagé pas mal de temps avec eux, parfois dormis avec eux à la belle étoile, et j’ai adoré ces moments. N’oubliant pas mon but initial, je commençais souvent la journée de marche une heure ou deux avant eux pour pouvoir être seule ou alors parfois je trouvais un endroit dans la nature ou je pourrais dormir sans compagnie humaine. Cependant, je savais qu’ils n’étaient pas loin derrière et donc même lorsque j’étais vraiment seule, je n’ai jamais pendant ce voyage rencontré la vraie solitude, car je savais qu’ils m’attendraient quelque part sur le chemin pour prendre des nouvelles, ou qu’en cas de problème je pourrais compter sur eux.  En réalité, lorsque l’on voyage seul, notre sociabilité se décuple. Je suis déjà quelqu’un de sociable à la base, mais je ne pensais pas pouvoir rencontrer autant de monde en si peu de temps. Si nous avions été deux, il est certain qu’il en aurait été différemment. Et puis les personnes que j’ai croisé, intrigués de me voir ici seule, sans guide avec mon énorme sac à dos me parlait tous, le regard interrogateur. Le voyageur solitaire est donc tout sauf insociable, au contraire, il est plus sociable que jamais!

 

L’artiste et la solitude

Je ne connais pas un artiste sur terre qui n’ai pas besoin de solitude. Il en existe certainement mais je ne les ai pas encore trouvé! En effet, lorsque l’on est seul on a la possibilité de nourrir un monde intérieur, on développe une bulle créatrice qui se nourrie de nos rêves, nos réflexions, nos contemplations, nos doutes et nos peurs. Les plus grands artistes étaient de grands solitaires. Je ne sais pas si c’est le fait d’être artiste dans l’âme qui accentue ce besoin de solitude, ou ce besoin de solitude qui permet de développer un talent artistique, mais ce qui est sure c’est que l’un ne va pas sans l’autre.

 

 

La liberté du solitaire

Être seul, c’est être libre! Et oui, on peut toujours prendre les décisions, sans concession ni négociation. Faire ce que l’on veux quand on le veux! Il y a quelque chose d’addictif à cela. C’est certainement pourquoi il est plus dure pour quelqu’un qui a longtemps vécu seul de vivre à nouveau en ménage. On y prend gout!

 

La solitude une fuite?

On pourrait penser que la solitude est une fuite. Et c’est le cas pour certains solitaires avec qui j’ai pu discuter. Ça n’est pas ma vision des choses. Ayant vécu et travaillé en ville, je me suis retrouvée à un moment donné confrontée à une sorte d’overdose sociale, c’était trop, beaucoup trop, et c’est alors que les autres ont commencé à m’énerver, je devenait irritable et successible. Dans cette situation, on ne profite plus de la présence des autres, on la subie. Sylvain Tesson a écrit une phrase terriblement juste à ce propos: « L’enfer ce n’est pas les autres, c’est de devoir vivre avec ». Les moments de solitude sont pour moi une façon d’apprécier à nouveaux les moments de partage, de les savourer comme je ne les avait jamais savouré. Depuis que je vis seule dans les alpages, ces moments ont décuplés en intensité. Je les choisis, les vis profondément et ne les subie plus. Et à leur tour, ces moments partagés me permettent ensuite de savourer à nouveau la solitude lorsque je la retrouve.

Le secret est donc dans la découverte de ce juste équilibre que je m’évertue à conserver.

 

 

Incoming search terms:

  • etre solitaire
  • gens solitaires
  • jaime une solitaire
  • je suis un homme solitaire

Ils sont 6 commentaires

  1. Nicolas

    Encore un bon article, bravo, la solitude est un vaste sujet et elle peut avoir une interprétation différente pour chaque individu, je te rejoins parfaitement sur l overdose sociale, elle pousse bien souvent les personnes qui en sont victime à une solitude extreme, le tout est, comme tu le souligne, arriver à trouver le juste équilibre mais pour cela il faut déjà je pense avoir une bonne connaissance de soi.

  2. Emmanuel

    Encore un bon article à commenter !!
    Pour mon cas je suis un peu moins sociable à la base, je dirai plutôt timide, réservé…
    Et finalement aujourd’hui je le suis moins grâce à mes voyages en solo !
    Car en effet je confirme, quand je part seul, je ne le reste pas vraiment longtemps.
    D’abord je me retrouve avec moi même, la possibilité de prendre du temps pour soi et de faire un bilan sur les derniers mois écouler. Mais c’est aussi une excellente pour rencontrer des inconnus ! J’

    • Emmanuel

      Mauvaise manip de ma part… lol
      J’ai en souvenir quelques rencontres fortuites qui m’ont beaucoup enrichies que je n’aurai jamais vécu si je n’avait pas été seul.

      Pour moi la plus grosse difficulté n’est pas la peur de se retrouver avec soi même, mais le regard des autres. Peu de gens comprennent cette démarche, sans doute par ignorance des bienfaits ou par manque d’ouverture d’esprit. Dans ce monde ou les réseaux dit sociaux n’ont jamais autant isolés les humains, se retrouver seul est le meilleur moyen de retrouver quelques valeurs oubliés.

  3. Jessica

    Wahou je me retrouve tellement dans cet article! J’ai l’impression que j’aurai pu l’écrire! Je découvre ton blog par cet article, et c’est une belle découverte. Merci.

  4. Audric

    J’ai adoré, moi qui suit tant solitaire.
    Je passe mon temps a dessiner quand je suis seul. Et etre est pour moi tres important pour me ressourcer. Je me livre a tres peut de personne, parfois je fui certains car j’arrive pas a etre l’arbre parmis la foret.
    Merci

  5. Caron Roberte

    Solitude .

    A l’automne venue
    Je pousserai la porte
    De cette chambre nue
    Cernée de feuilles mortes.
    Un parfum d’autrefois
    Mâtiné de glycines
    Et de fraises des bois
    Frôlera mes narines.
    A chacun de mes pas
    Le vieux parquet de ch^ne
    Tout en larmes de bois
    Me livrera ses peines.
    Dans un coin du plafond
    L’araignée filandière
    Tissera sa maison
    En cheveux de sorcière.
    Sans trêve j’entendrai
    Dans la nuit solitaire
    l,a pluie froide glisser
    Le long du réverbère.
    A la faveur du soir,
    Quelque chat en maraude
    M’offrira le miroir
    De ses yeux d’émeraude.
    Sur mes neiges d’antan
    Je hisserai les voiles,
    Tandis qu’au firmament
    Veilleront les étoiles.
    Et la lune en passant
    Escortera fugace,
    Ces sublimes instants
    De magie et de grâce.
    Imperceptiblement,
    En d’infinis arpèges,
    S’égrainera le temps
    Pétri de sortilèges.
    J’ouvrirai les volets
    Sur l’aube de faïence
    Et soliloquerai
    Pour défier le silence.


Publier un nouveau commentaire