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Je change de vie, c’est décidé!!! Je vais le faire, je vais vraiment le faire!!
Peur, angoisse, excitation, jubilation, joie, peine, culpabilité, doutes, euphorie, bonheur… Autant d’émotions qui ont parcouru mon corps les unes après les autres. Petit flashback sur la période la plus belle et la plus intense de ma vie, parce que ressentir tout ça à la fois c’est aussi se sentir plus vivant que jamais.

Juin 2013

Je rentre d’Islande ou j’ai vécu une expérience hors du commun avec des photographes que j’aime, que j’adore et que j’admire. Le retour est violent. Me voilà à Paris Charles de Gaulle, assise sur ma valise, je partage un dernier sandwich avec mes compagnons de voyage, je ne veux pas les quitter, je ne veux pas que cela s’arrête, je ne veux pas reprendre le cours normal de ma vie. Une profonde tristesse m’envahit et ne ne me quitte plus. Je crois à ce moment là qu’elle finira par passer.
Lundi matin. J’arrive à mon bureau dont j’avais oublié l’existence pendant quelques jours. Je m’y installe plus lentement que jamais, m’y assoir va mettre le point final à cette aventure. Ce voyage n’était pas de simples vacances, c’était un apercu de ce que pourrait et devait être ma vie. Je me suis trouvé pendant ce trek.
La joie de retrouver mes collègues s’estompe rapidement pour laisser place à la réalité: je n’ai aucune envie d’être ici, aucune! Je ne suis pas à ma place. Mon cœur se serre, je refoule quelques larmes, et je me met au travail. La raison l’emporte.

J’ai l’espoir que la joie revienne alors que déjà je pense à mon prochain voyage, ce sera la Norvège! Mais la joie ne revient pas.

Vendredi, le jour tant attendu. Ce jour est le plus beau de la semaine car il me garantie 48h de liberté, jusqu’au lundi suivant.

Mes pensées ne cesses de tourbillonner. Ma place n’est pas ici. Pourrais-je supporter cela toute une vie? Cette profonde mélancolie s’estompera-t-elle un jour?

Les crises d’angoisses commencent. Elle surviennent presque chaque matin quand je me dirige vers mon travail. Elle m’étouffent. Je ne tiendrais pas comme ça longtemps.
Un matin, j’arrive à mon bureau, et ces larmes longtemps refoulées ne se laissent plus dompter. Elle ne s’arrêtent plus de couler. Je n’arrive plus à les maitriser, je n’arrive plus à supporter cette vie qui n’est pas la mienne, je dois sortir de là et vite. J’essaie de me reprendre, j’essaie de me calmer, de me ressaisir, mais n’y parvient pas. Ce jour là, elle ont coulées sans interruption jusqu’à ce que je m’endorme d’épuisement.

Je décide de consulter. 3 jours d’arrêt. Suis-je devenue folle? J’ai tout pour être heureuse! Tout! Un conjoint qui m’aime je le sait, mais qui lui est assez persuadé que je délire et que je doit me raisonner, un métier qui n’est quand même pas si horrible et qui paye bien! Un patron pas si tortionnaire que ça, je vie dans une région que j’aime, alors quoi? Bon sang mais que m’arrive t- il? Toutes les personnes que je côtoie chaque jours semblent bien supporter tout ce cirque, toute cette comédie et ces jeux de rôles imposé par la société, pourquoi pas moi? Je ne vois plus que l’hypocrisie de ce monde malade, je ne vois plus que mon hypocrisie d’en faire partit alors qu’il me répugne, et je ne vois plus que le mensonge et le mal être dans le comportement de mes clients qui affichent leur richesse, et dans celui de mes collègues, qui bien apprêtés dans leur costume et bien ficelés dans leur cravate cherchent à se faire respecter, à trahir sans se faire duper eux-même, la loi de la jungle, la loi du plus fort. Mais où est donc passé notre humanité? Je me sent terriblement seul au milieu de ces spécimens du genre humain qui me trouvent naïve de croire encore en la beauté des Hommes et qui ne cessent de me répéter que c’est ça la vie, c’est comme ça, on y peut rien. Je culpabilise en pensant à toutes ces choses que j’ai et qui devraient me combler. J’ai tout ce dont j’avais toujours rêvé! Je me demande si je ne suis pas juste en train de péter un plomb! Serrait-ce la trentaine qui approche et qui me stress? Que m’arrive t il?
Mais si un autre monde existait? Si je créait ma propre réalité? Si je créait une vie à mon image?

Septembre 2013

La tristesse est toujours là. Il faut faire quelque chose avant de sombrer, il faut sortir de ce merdier. Voilà des mois que je passe mes journées à rêver d’une autre vie. Des mois que j’imagine à quoi elle pourrait ressembler. Et les rêves au fil des mois se sont transformés en projets. Assise à mon bureau, je fait et refait frénétiquement les calculs et les plans. Cette idée ne me quitte plus, elle m’obsède. C’est décidé: Je change de vie!

Dans cette nouvelle vie je serais libre, libre de suivre mon instinct, d’écouter ce que mon cœur vœux. Mon cœur, il sera mon guide à présent et non plus ma raison.

Et il me guide vers les montagnes, vers ce chalet qui me tombe littéralement dans les bras. Mon instinct me dicte d’acheter cette cabane qui croulera bientot sous le poids de la neige. Mais est-ce bien raisonnable? J’écoute mon instinct, je l’achète. J’ai peur, terriblement peur. Et si je regrettais bientot? Suis-je vraiment consciente de ce que c’est que vivre à 1300m d’altitude dans une maison non isolée? Suis-je assez forte pour vivre cela toute seule? Car oui, cette nouvelle vie implique une séparation. Après dix ans de couple, je comprend avec regret que nos visions de la vie sont devenues trop différentes pour être compatibles, alors je continuerai ma route seule, sans concession, dans l’égoïsme le plus total, je ne pense plus qu’à une seul chose, œuvrer pour mon propre bonheur et ne plus attendre qu’il me tombe dessus. Ne plus pensez aux autres, pensez à moi et à moi seule. Et ce qu’ils pensent? C’est leur problème, pas le mien!

J’ai peur oui, mais j’ai décidé que la peur ne m’empêchera plus de faire ce dont je rêve. Alors j’ai peur, mais j’y vais.
7 jours de délais de rétractation! Chacun de ces 7 jours j’ai refait cette route longue et sinueuse qui mène au chalet en essayant de l’imaginer enneigée. A chaque fois, je me dit que j’ai vraiment sombré dans la folie! Oui, sauf que je n’imagine pas de plus bel endroit pour vivre, je suis faite pour cet endroit et il est fait pour moi, c’est une évidence. Le 7e jour arrive et je ne me rétracte pas. Voilà, ça y est, je ne peut plus faire marche arrière! C’est fait! Mélange d’excitation et de peur, la colère a disparue de ma vie, la tristesse aussi. Plus rien de m’arrêtera maintenant, mais j’appréhende! Mon seul chauffage sera un poêle à bois et je n’ai jamais fait de feu de ma vie! Et si je n’y arrivais pas? Je n’ai jamais coupé de bois, je ne sait pas me servir d’une tondeuse, encore moins d’une tronçonneuse, et je ne parle pas des travaux qui m’attendent avant d’emménager! Et puis les montagnards sont réputé pour être rustres, comment accueilleront-ils la normande que je suit? Sans compter que continuer à travailler à Genève en habitant là haut est exclus.

Malgré cela mon cœur est léger, la joie envahie chacune de mes journées, maintenant mes actes reflètent mes pensées et mes envies, je suis en accord avec moi-même. La frustration a disparue, plus de crises d’angoisse, je me sens bien dans mes baskets, je suis en paix et plus heureuse que jamais. Je vie des moments de pure euphorie, de jubilation, mon cœur n’est plus oppressé, mais il palpite, il tambourine, il a dut mal à contenir tout ce bonheur, j’ai une énergie débordante, je rie toute seule dans le bus, je souris aux passants et parle aux inconnus, je chante à tue tête dans la voiture, je jubile, j’exalte! Cette joie efface la peur et me donne la force d’affronter sereinement chaque obstacle. Je sais que j’ai fait le bon choix.

Et maintenant, j’attends la prochaine et dernière étape: La démission!

Décembre 2013

J’ai attendu 3 mois que mon crédit soit accordé. Ces mois sont interminable. Mais lorsque je m’assois en face de mon directeur la lettre de démission à la main, je trouve finalement que ces trois mois sont passés assez vite. Ce jour là, je suis passée par toutes les émotions possibles et imaginables et plus encore! Je n’avais jamais ressentie cela auparavant! Imagines-toi en haut d’une falaise, les pieds au bord du précipice. Ton corps tout entier hurle que tu doit sauter. Il t’assure que c’est vital! Si tu ne sautes pas, tu mourras à petit feu, mais à la fois tu n’as aucune idée de ce qui t’attend en bas. Les rochers? ou a matelas bien douillet? Je l’ai dit, je dois écouter mon cœur, et je l’entend: « SAUTES! ».
Et j’ai sauté.

Avril 2014

Mes 3 mois de préavis sont terminés. Çà y est, je suis libre. Tel un prisonnier qui sort de sa cellule, j’exalte. Je savoure ma liberté retrouvée. Retrouvée? hum… non.. je corrige! Je n’avais jamais été libre auparavant. Même si j’étais libre de mes actes, mes pensées m’emprisonnaient. Le jugement d’autrui, l’envie de rendre fière mes parents, l’envie de devenir « quelqu’un », de réussir ma vie… Toutes ces choses étaient les verrous de ma gaule, les chaînes accrochées à mes pieds et le boulet enchainé à ma cheville.
Aujourd’hui, je sais que pendant tout ce temps les clefs de ma liberté étaient dans ma poche, il suffisait de regarder à l’intérieur et d’écouter mon cœur.

 

 

© Photographie d’Alexandre Deschaumes, prise pendant ce voyage en Islande. L’une des deux silhouettes en bas, c’est moi en train de vivre, de vraiment vivre. Quel beau souvenir.

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